PS et poissons roses : friture(s) sur la ligne !

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Des poissons roses en eaux troubles

J’ai découvert l’existence des poissons roses il y a quelques jours, à la suite d’un échange avec un ami, de confession catholique et qui vote à droite. Nous discutions immanquablement de la campagne présidentielle et il s’inquiétait qu’un certain nombre de chrétiens, catholiques, puissent faire le choix de s’engager pour François Hollande et le Parti socialiste. Ah bon ?

J’ai d’abord été surpris par cette approche communautaire. Je suis moi-même chrétien, protestant de l’Eglise réformée, et il ne m’est jamais venu à l’esprit que mon appartenance religieuse pouvait conditionner mon engagement politique. Je n’ignore pas la sociologie et les tendances du vote de l’électorat qui se revendique clairement catholique. Celui-ci est généralement qualifié à droite, et Christine Boutin s’en est toujours faite une porte-parole autoproclamée. Je trouve cette approche étriquée et peu fiable. Il y a les mêmes poncifs sur l’électorat juif, qui serait à droite, alors que l’électorat musulman serait à gauche, tout comme celui des protestants… Tout cela ne me paraît pas vraiment fondé, surtout dans un pays laïc et républicain comme le nôtre.

Cette démarche a toutefois retenu mon attention. Mon ami était surtout contrarié par une chose : comment ces chrétiens peuvent vouloir rejoindre les socialistes alors que nous sommes favorables au mariage gay et à l’adoption d’enfants par les couples du même sexe ? Ainsi, au-delà des questions économiques ou sociales, le point de rupture entre les chrétiens et la gauche reposerait sur les questions sociétales. Que de conservatismes ! J’ai donc poursuivi cette discussion par une recherche plus approfondie.

J’ai d’abord été étonné par l’aboutissement de la démarche entreprise par les poissons roses. Un site Internet très propre, un programme, un plan d’action et un calendrier : bref, on remarque vite l’empreinte d’anciens étudiants en école de commerce qui font de la politique comme on gère une entreprise ! Amusant… Il y a même un organigramme !

En revanche, le contenu est tout autre. La méthode d’abord : celle-ci oscille entre amateurisme, naïveté et philosophie de bons sentiments. Leur programme ensuite : il se décompose en six chapitres. Ils présentent leurs idées sur l’économie, sur la mondialisation, sur l’environnement ou encore sur l’Europe. Ces propositions sont parfois intéressantes mais leur application concrète semble impossible. En l’état, elles ne peuvent rester qu’un vœu pieu.

A cela s’ajoute une démarche inappropriée. Il suffit pour s’en rendre compte de lire le plan d’action. C’est digne de Gramsci, ou mieux encore de la « tactique du salami« , avec pour vocation de peser sur la ligne interne du Parti socialiste. Les poissons roses veulent négocier avec le PS, l’investir massivement avec leurs militants pour constituer un courant et au final instaurer une forme de chantage entre leurs valeurs et celles du PS. Pour sûr, il ne représenteront jamais davantage que le courant Utopia !

Après la méthode, il y a une part du contenu qui ne me semble pas du tout compatible avec le projet de la Gauche et les idées de progrès que nous portons. Il s’agit du deuxième chapitre du programme, portant sur cinq questions essentielles : la fin de vie, l’avortement, le recherche embryonnaire, l’adoption d’un enfant par un couple gay et enfin la liberté religieuse. Sur ces cinq sujets, les poissons roses ne pourront pas passer à travers les mailles de notre filet progressiste ! En effet, ils font preuve d’un rare conservatisme et ces sujets sont autant de point de clivages qui rend caduque leur démarche au sein de notre formation politique.

Ils sont donc opposés au droit à mourir dans la dignité, qui différent de l’euthanasie, est un moyen plus humain d’accompagner la fin de vie d’un patient plutôt que de poursuivre dans l’acharnement thérapeutique. Les poissons roses tiennent ensuite une position suffisamment ambigüe sur l’avortement et l’interruption volontaire de grossesse pour que cela risque de déraper rapidement vers un discours plus obscurantiste. De plus, ils semblent réticents à poursuivre la recherche embryonnaire par principe, alors que nous sommes favorables à autoriser la recherche sur les cellules souches. Enfin, il ne laisse planer aucun doute sur leur opposition à l’adoption d’un enfant par un couple du même sexe. Ils ne considèrent le couple-parent seulement composé « d’un papa et d’une maman ». Or, la société a évolué :  il y a déjà de nombreuses familles recomposées, avec des enfants dont le père ou la mère sont homosexuels. L’homoparentalité est un vrai sujet de société et refuser le débat en invoquant la « nature » ne résoudra pas la situation dans la réalité et le quotidien des couples gays comme de leurs enfants. La gestation pour autrui existe : j’y suis favorable à condition de l’encadrer sérieusement. C’est un sujet qui dépasse la morale religieuse, surtout quand il s’agit d’amour.

Enfin, je ne comprends pas leur position sur la liberté religieuse. Ils semblent considérer qu’en France, la laïcité serait un frein à l’exercice d’un culte, quel qu’il soit. Or, la loi de 1905 est l’un de nos plus beaux symboles, une spécificité française. François Hollande réaffirme avec force sa volonté d’inscrire la laïcité dans la Constitution. Là encore, les poissons roses se trompent : l’approche confessionnelle et spirituelle est inappropriée pour s’engager en politique – et elle le reste lorsque elle veut faire irruption dans le temporel et la chose publique. Les exemples ne manquent pas pour illustrer mon propos : il suffit de penser aux dégâts provoqués partout dans le monde par l’immixtion entre sacré et profane.

Pour conclure, j’approuve la démarche des poissons roses par respect pour l’engagement et la défense de leurs idées. C’est toujours respectable. Je suis cependant au regret de leur dire qu’ils se trompent de méthode, de formation politique et de valeurs. Ils sont résolument conservateurs, alors que nous sommes des progressistes. Ils sont dans une démarche d’influence, alors que nous sommes engagés sincèrement. Mais, s’ils votent malgré tout pour François Hollande les 22 avril et 6 mai prochains, je serai ravi d’engager un dialogue avec eux !

Je ne sacrifierai certes pas d’anciens UMP sur l’autel de la gauche orthodoxe, mais il me paraît absolument nécessaire, pour que les poissons roses rejoignent notre banc, qu’ils fassent un effort certain sur les questions sociétales !

4 Responses to PS et poissons roses : friture(s) sur la ligne !

  1. Fikmonskov dit :

    « Or, la société a évolué : il y a déjà de nombreuses familles recomposées, avec des enfants dont le père ou la mère sont homosexuels. »
    —> Autorisons le mariage homosexuel.

    La société a évolué : il y a beaucoup de jeunes qui considèrent que se « passer » une fille dans une cave sordide est quelque-chose d’assez banal.

    La société a évolué : il y a beaucoup de gens qui considèrent qu’il est normal de foutre à la rue quelqu’un qui se trouve dans l’impossibilité de payer un loyer.

    La société a évolué : il y a beaucoup de gens qui considèrent que la femme est née pour servir l’homme, et que son seul droit est de fermer sa gueule.

    Ah oui, c’est sûr que vu comme ça, c’est beau la politique.

  2. [...] y a quelques semaines je publiais, sur ce blog, un billet s’adressant aux Poissons roses. J’avais découvert ce mouvement politique, qui se revendique de [...]

  3. Hélène dit :

    vous avez une idée bien arrêtée de ce qu’est le progrès. les poissons roses en ont probablement une autre, plus en accord avec le plan de Dieu…

  4. J’ai répondu à ton billet de suite. J’ignorais que tu étais, comme moi, protestant réformé.

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